

J'aurais dû écrire un billet avant mais une entrée de travail récente (et mon petit gars qui a décidé de saisir une ampoule allumée... gyooo) m'a immobilisé.
Je n'ai toujours pas eu le Petit Chaperon Rouge. Il est encore chez l'imprimeur. Il devrait sortir demain soir. Je dois vous avouer que je suis très inquiet... Et si j'avais fait des bourdes? Laissé passer une coquille affreuse?
Bien, le verdict est demain soir. Un peu plus tard pour vous... mais je vous en parlerai avant que vous ne voyiez.
Aujourd'hui, je souhaite vous parler de ma démarche. Pourquoi s'autoproduire? Et pourquoi plein d'autres choses?
Commençons par le commencement. C'est un commencement négatif.
Je suis resté dans mon coin un bon moment. J'ai essayé de fuir ce que j'étais pendant longtemps. Avant de m'avouer illustrateur, j'ai tenté des études de droit et de criminologie (les stages en morgue avec autopsieS ont eu raison de moi), de préparateur en pharmacie, j'ai été prof de français, de dessin et de couleurs, j'ai même fait le nègre à droite et à gauche. Et puis j'ai eu une illumination: j'ai enfin compris qui j'étais. J'étais illustrateur depuis longtemps, et c'est l'univers lolita que je voulais illustrer.
Il y a un peu plus de deux ans, je me décide à monter un super projet lolita. Vous le connaissez plus ou moins, c'est Yumeko. C'est un livre objet qui parle de la mode lolita, de mes vues sur cette culture, cet univers, qui parle un peu du Japon, qui se veut être un Alice aux pays des merveilles revisité. N'étant pas très à l'aise avec les mots, je convie à l'aventure un ami philosophe qui écrit comme un dieu.
J'en monte un premier dossier, mal foutu, plus ou moins parrainé par JD Morvan qui n'atterrit nulle part. Mais c'est mérité.
L'an dernier, je prépare un dossier béton, fait avec des moyens (j'ai dépensé au moins 500 euros) et je l'envoie à 27 maisons d'édition et le fait passer en main propre à 10 autres. Ces maisons d'éditions sont à quantité égale majors/indépendantes.
Je n'ai reçu que 40 pour 100 de réponses environ. Toutes négatives bien sûr. Et deux promesses qui n'ont pas été tenues. Aucune de ces réponses ne donnent de détails. C'est bien compréhensible: l'étude des dossiers prend déjà du temps et faire une réponse argumentée à chaque auteur est bien difficile. Cependant j'ai eu une réponse un peu différente qui m'accusait de pédophilie. Effectivement, il y avait le mot "lolita" dans le titre. Si cet éditeur avait pris le temps de lire le dossier, il aurait vite compris son erreur. Haha!
Quelques soient leurs raisons de refus, on ne peut leur en vouloir. Le lolita est encore un sujet underground. Cependant, tous ces gens vont certainement retourner leur veste d'ici un an: Tim Burton sort en 2010 sa version de Alice in Wonderland. Vous le savez, Tim n'est pas qu'un metteur en scène. Ses créations, bonnes ou mauvaises, lancent des modes ou plutôt rendent populaires certaines modes, certains arts. Les goths, l'animation en step motion, l'humour noir, le non-sens, le romantisme, la marginalité, et j'en passe, peuvent lui dire merci. Avec un peu de chance, on aura même du Kokusyoku Sumire dans cette nouvelle Alice (je vous rappelle que Tim et les Sumire sont amis).
Cela dit, après avoir travaillé dans quelques milieux éditoriaux, je me suis rendu compte que l'innovation et l'ouverture d'esprit n'étaient pas des qualités requises pour être éditeur. La majorité d'entre eux (je dis majorité parce que certains éditeurs indépendants font des efforts) se conforment au marché et attendent que le concurrent sorte une nouveauté, attend de voir ses résultats de vente et sort un produit "ressemblant". Qui n'a pas sorti son Harry Potter like?
Je ne propose pas quelque chose de si nouveau que ça. Sinon le fait que j'aborde la mode lolita.
J'ai choisi le Petit Chaperon Rouge parce que si ce texte était présenté à un éditeur aujourd'hui, il se ferait envoyer sur les roses. Je parle de la version originale, pas de celle des frères Grimm.
J'ai choisi l'autoproduction parce que je n'ai pas vraiment le choix, créer est ma vie. Si je ne crée pas je meurs. Par contre ce n'est pas de l'autoédition puisque je n'ai aucune diffusion sinon l'expo de janvier-février et les Japan Expo de 2009.
J'ai choisi de tout faire à la main pour me démarquer des produits (je dis bien produits) proposés dans les commerces. Le texte est écrit à la main, aucune correction informatique ne survient, ce que vous verrait dans mon livre est la reproduction exacte de ce que j'ai dessiné. Les originaux n'ont pas eu non plus de corrections: pas d'utilisation de blanc correcteur (sauf une tache de 4mm sur la 10ème planche, dans la marge).
Pour la couverture j'ai imprimé un détail d'un papier peint du 18ème siècle puis ai retrouvé son réseau afin de le répéter. J'ai photocopié le tout sur rhodoïd transparent. J'ai cherché ensuite un tissu antique pour faire le fond: ce sont les bandes verticales que vous voyez au dernier plan. J'ai collé le papier peint sur le tissu et j'ai scanné le tout. A nouveau, j'ai travaillé à la main pour tout ajuster.
J'ai utilisé l'ordinateur à la toute fin pour monter les pages entre elles, afin de faciliter le travail de l'imprimeur (et alléger la note...).
J'ai réalisé ce livre en parallèle de mon travail, sur mes temps libres (mes nuits surtout), en 5 semaines. Je n'ai pas vraiment eu le temps de faire un livre parfait. Par contre, même si je ne fais pas de l'art, je pense que ma démarche est artistique. En tout cas engagée.
Et je pense que je vais continuer l'autoproduction. Je ne dirai pas non à un éditeur mais j'ai suffisamment perdu de temps à en chercher un. (au passage, le projet De l'encre et des plumes stagne depuis un an à cause de cette recherche, le projet Yumeko stagne depuis bientôt deux ans et demie). Avoir un éditeur serait avoir les moyens de faire un beau livre et d'avoir une distribution. Attendons alors. Un jour peut être.
Je vous parlerai bientôt des nouveaux projets en cours.
Désolé d'avoir autant écrit. Mais ça m'est important. Merci à tous!
(en illustration, vous avez un exemplaire type de lettre de refus et une jolie photo de ma coupe au bol)